{"id":532,"date":"2020-10-12T12:39:02","date_gmt":"2020-10-12T11:39:02","guid":{"rendered":"http:\/\/secretfires.net\/magazine\/?p=532"},"modified":"2021-03-15T22:00:54","modified_gmt":"2021-03-15T21:00:54","slug":"us","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/2020\/10\/12\/us\/","title":{"rendered":"US de Jordan Peele &#8211; Miroir Noir Et Gilets Rouges"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_534\" aria-describedby=\"caption-attachment-534\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a style=\"font-size: 16px\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Pqo4FGNlcpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-534\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Affiche.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"773\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Affiche.jpg 770w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Affiche-194x300.jpg 194w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Affiche-662x1024.jpg 662w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Affiche-768x1188.jpg 768w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Affiche-356x550.jpg 356w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Affiche-323x500.jpg 323w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-534\" class=\"wp-caption-text\"><em>\u00ab\u00a0Attention ch\u00e9rie, \u00e7a va trancher\u00a0\u00bb<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Enfin! Que dis-je, All\u00e9luia! Enfin un film d&rsquo;horreur foutraque, inventif, \u00e0 deux doigts d&rsquo;\u00eatre d\u00e9bilos mais du bon d\u00e9bilos (vous savez, le bon chasseur), qui se prend pas au s\u00e9rieux, honore ses classiques (on pense \u00e0 Carpenter, encore et toujours, ici version cartoon) sans virer dans l&rsquo;horreur r\u00e9ac et plan-plan (salut les Conjuring, les Nonnes, Insidious et compagnie, certes parfois virtuoses en termes d&rsquo;effets de mise en sc\u00e8ne, gestion du timing, mais s\u00e9rieux, c&rsquo;est du gadget, de la foire aux jumpscare, de la peur pour elle-m\u00eame, qui fait bouh comme on fait plouf et s\u00e9rieux qui peut croire aujourd&rsquo;hui que les cathos tout crucifix dehors nous sauveront). Car dans le fond, en particulier pour la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9e 2010 c&rsquo; \u00e9tait un peu toujours l&rsquo;Exorciste \u00e0 Disneyland, le sous-texte de ces films ayant \u00e9t\u00e9 on ne peut plus r\u00e9trograde, on restait un peu quelque part dans les \u00ab mauvais r\u00eaves d&rsquo;un gestionnaire de fortune \u00bb, les \u00ab sueurs froides d&rsquo;un investisseurs immobilier \u00bb, les \u00ab d\u00e9sirs \u00e0 l&rsquo;amende d&rsquo;une prof de cat\u00e9chisme \u00bb et tous les p\u00e9ch\u00e9s suppos\u00e9s, que dis-je, les P\u00e9ch\u00e9s qui vont avec, car on va vous reconvertir la fa\u00e7ade \u00e0 la lance \u00e0 eau b\u00e9nite, tout verset dehors vous purifier vos grandes maisons hant\u00e9s par les m\u00eames d\u00e9mons qui en sont \u00e0 se tutoyer les uns les autres et nous avec&#8230; et ces mediums b\u00e9ni-oui-oui qui viennent passer la javel sous les tapis et d\u00e9poussi\u00e9rer le tableau de grand-papa, fier catholique-zombie et sainte figure des privations. Pour peu on croirait tous ces films d&rsquo;horreur financ\u00e9s par des cercles petit-bourgeois en qu\u00eate d&rsquo;une nouvelle \u00e9pop\u00e9e inquisitrice en vue d&rsquo;\u00e9loigner les pauvres d\u00e9mons des saints patrimoines. Alors certes cette vague r\u00e9trograde n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 des films bien ex\u00e9cut\u00e9s, efficaces (l&rsquo;\u00e9cole James Wann et ses \u00e9mules, pas manchots mais pas plus.. de la r\u00e9clame horrifique gu\u00e8re plus) et polycopi\u00e9s \u00e0 qui mieux-mieux, bref, tout ce qu&rsquo;il faut pour figurer dans le top de fin d&rsquo;ann\u00e9e du pape Fran\u00e7ois qui, une fois n&rsquo;est pas coutume, n&rsquo;a besoin de rien d\u00e9bourser pour qu&rsquo;on revienne, tous, \u00e0 lui, et les ados en premier \u00e9videmment.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais rhhaaalleluia bordel ! Rien de tout \u00e7a dans Us ; Jordan Peele reprend la recette de Get Out et avant lui de toute une \u00e9cole de l&rsquo;horreur \u00f4 combien pr\u00e9cieuse, celle de ceux qui sentent que les films d&rsquo;angoisse d\u00e9cuplent leur puissance et donnent sens \u00e0 leurs outrances rarement mieux que lorsqu&rsquo;ils sont intimement corr\u00e9l\u00e9s \u00e0 des probl\u00e9matiques de notre temps, des plus intimes aux plus soci\u00e9tales et, ouais, carr\u00e9ment, politiques, les unes faisant d&rsquo;ailleurs \u00e9videmment \u00e9cho aux autres: qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de n\u0153uds transmis sur plusieurs mill\u00e9naires et qui continuent de d\u00e9limiter nos imaginaires aux plus r\u00e9cents tocs commun\u00e9ment adopt\u00e9s, sinon, au moins tacitement, impos\u00e9s, Jordan Peele fonce dans le tas t\u00eate la premi\u00e8re pour tout r\u00e9v\u00e9ler en toute collision. C&rsquo;est le cas, entre bien des dizaines d&rsquo;exemples, du traitement \u00e0 pisser de rire des gadgets contemporains pour lesquels tout un chacun est aujourd&rsquo;hui pas loin de tuer p\u00e8re et m\u00e8re : Jordan Peele leur redonne leur dimension, ma foi fort d\u00e9risoire et leur utilit\u00e9, tout \u00e0 fait discutable, dans quelques sc\u00e8nes tout bonnement hilarantes et notamment dans un quiproquos musical succulent avec une box connect\u00e9e qui, on l&rsquo;aura devin\u00e9 (mais c&rsquo;est bon \u00e0 rappeler), ne sauvera personne.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En entrechoquant les symboles et frayeurs quasi pr\u00e9historiques aux \u00e9mois post-modernes en mode freak show baln\u00e9aire, sans jamais nous faire la le\u00e7on, nous invitant \u00e0 des questionnements qui d\u00e9coulent de ce qui se passe plut\u00f4t que de servir la soupe \u00e0 un sous-texte r\u00e9ac en mode pilote automatique. Des questionnements qui r\u00e9sonnent des impacts, des confrontations, le tout avec un esprit farceur (et frappeur) volontiers meta (le r\u00e9al nous fait r\u00e9guli\u00e8rement de l&rsquo;oeil en se bidonnant, on le sent bien), mais surtout d&rsquo;\u00e9vidence sinc\u00e8re. Sinc\u00e8re aussi comme on sait l&rsquo;\u00eatre lors du climax d&rsquo;une bonne f\u00eate de la bi\u00e8re, car oui le d\u00e9lire de Us, le d\u00e9lice de Us, cette gourmandise interdite, trop bonne pour \u00eatre vraie, ne se prive pas de grands moments de franche d\u00e9conne qui marchent du tonnerre et nous permettent comme rarement de passer du fou-rire limite nerveux \u00e0 l&rsquo;angoisse pure en deux coups de cuill\u00e8re \u00e0 pot.<\/p>\n<figure id=\"attachment_539\" aria-describedby=\"caption-attachment-539\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-539\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-2-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"675\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-2-300x169.jpg 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-2-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-2-768x432.jpg 768w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-2-465x262.jpg 465w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-2-695x391.jpg 695w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-2.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-539\" class=\"wp-caption-text\"><em>Us \u2013 Un miroir tout noir, de ceux qui refl\u00e8tent tr\u00e8s bien les monstres<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">Car oui Us a un propos, des propos m\u00eame, et bien que quelque part le film s&rsquo;en tienne \u00e0 la fable, une lecture profond\u00e9ment engag\u00e9e est plus que bienvenue, car Us est offensif, comme pour Get Out \u00e7a frise le br\u00fblot sous la blague, pourquoi pas politique, mais plus s\u00fbrement philosophique, sinon quasi anthropologiques. Probl\u00e9matiques et sous-textes bien s\u00fbr pas n\u00e9cessairement si originaux et trait\u00e9s ailleurs, en particuliers dans le drame social, le thriller politique ou la com\u00e9die de moeurs, mais qui dans Us, notamment par la puissance hautement symbolique et charnelle du genre horrifique, sa dimension divertissante aussi, deviennent \u00e9tonnamment digestes, en \u00e9vitant par ailleurs habilement le pensum ou la morale trop explicite. (D\u00e9s)\u00e9quilibre fragile (Us fait tout chavirer plus qu&rsquo;il n&rsquo;ass\u00e8ne) mais bel et bien atteint gr\u00e2ce aussi \u00e0 l&rsquo;absence de personnages-fonction (journaliste, politiciens, etc) qui habituellement nous explicitent un peu lourdement leurs propos, propos qui ici passent cr\u00e8me gr\u00e2ce notamment au choix d&rsquo;une famille on ne peut plus lambda, par l&rsquo;implication physique que ce genre permet et par le souci d&rsquo;aussi s&rsquo;en tenir \u00e0 son histoire et de nous faire aimer ses personnages dans lesquels il est tr\u00e8s, tr\u00e8s facile de se projeter.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Car Us, bien qu&rsquo;invitant \u00e0 une lecture sur plusieurs niveaux, n&rsquo;en oublie jamais son premier degr\u00e9 percutant et se laisse aussi appr\u00e9cier comme une vraie petite aventure qui gagne petit \u00e0 petit en ampleur, aventure bien bourrine et suffocante mais avec de vrais appels d&rsquo;air sous le tapis de nos renoncements, car c&rsquo;est bien de cela dont nous parle Us, en nous regardant droit dans les yeux : qu&rsquo;avez-nous abandonn\u00e9? pour quoi en retour? quel en est le prix? et ici il est question de prix tout \u00e0 fait tangible, pratique, concret: le prix de nos concessions et d\u00e9sirs post-moderne mim\u00e9tiques. L&rsquo;horreur selon Peele, et avant lui donc toute une poign\u00e9e de r\u00e9als offensifs qui ont pour eux un vrai regard \u00e0 proposer; un pas de c\u00f4t\u00e9 tant\u00f4t hilarant tant\u00f4t tout bonnement terrifiant, souvent malaisant, nous permet d&rsquo;\u00e9viter avec une \u00e9l\u00e9gance de sale gosse le pensum m\u00e9taphorique pompeux, les proc\u00e9d\u00e9s redondants et du m\u00eame coup l&rsquo;ennui cosmique. Car ouep, dans Us, il y a la port\u00e9e mythologique ahurissante et le sous-texte socio-racial et territorial de Candyman, les \u00e9lans anarcho-lib\u00e9raux des plus offensifs Carpenter (du lib\u00e9ralisme de lonesome cowboy plus que de golden boy \u00e9videmment, en mode \u00ab faites-moi pas chier avec vos institutions s\u00e9curitaires et vos conneries de pot commun, laissez-moi menez ma barque, aider ou pas qui je veux et g\u00e9rer \u00e0 ma sauce mon second amendement \u00bb), les angoisses consum\u00e9ristes et mim\u00e9tiques et les inconscients collectifs meurtris et atones de Romero, les triple loops ironiques et jeux de repr\u00e9sentation du Wes Craven de Freddy et des Scream, les vertiges identitaires et de la paranoia ontologique, politique aussi, des films de body snatcher et enfin des glissements, des sous et sur-couches de r\u00e9alit\u00e9 et autre tumultes cauchemardesques \u00e9rotisants chers \u00e0 Lynch.<\/p>\n<figure id=\"attachment_544\" aria-describedby=\"caption-attachment-544\" style=\"width: 630px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-544 size-full\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-3.jpg\" alt=\"\" width=\"630\" height=\"315\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-3.jpg 630w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-3-300x150.jpg 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-3-465x233.jpg 465w\" sizes=\"auto, (max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-544\" class=\"wp-caption-text\"><em>\u00ab\u00a0Coucou c&rsquo;est vous\u00a0\u00bb<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">Un (des)\u00e9quilibriste de g\u00e9nie et un vrai styliste donc que Jordan Peele. Ind\u00e9niablement, en juste deux films il y a d\u00e9sormais un style, un ton Jordan Peele, tr\u00e8s identifiable, allant au-del\u00e0 de la somme composite de ses nombreuses influences, un style \u00e9clatant dans la progression maladive et le final grotesque, fendard et ultra-maitris\u00e9 de Get Out et beaucoup plus borderline, limite craignos, corrosif, voire dangereux dans Us, o\u00f9 il parvient avec une fluidit\u00e9 folle de marier les genres les plus a priori h\u00e9t\u00e9roclites. Dans Us, il n&rsquo;est pas rare de passer du home invasion le plus sec et tendu au gros gag bien gras et bien visuel voire quasi enfantin \u00e0 la Benny Hill. Un youtubeur, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=hD699xT97t0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><i>Dex et le cin\u00e9ma<\/i><\/a>, d\u00e9montait quelque peu d&rsquo;ailleurs le film en titrant superbement sa video \u00ab Us \u2013 Bugs Bunny Chainsaw Massacre \u00bb, reprochant donc au film de ne pas savoir sur quel pied danser et de passer du film d&rsquo;\u00e9pouvante parano\u00efaque ultra-tendu \u00e0 la grosse poilade bien beauf, mais aussi de l&rsquo;honn\u00eate film de s\u00e9rie B bien trouss\u00e9 aux pr\u00e9tention auteuristes mal g\u00e9r\u00e9es, soulign\u00e9es autant qu&rsquo;exp\u00e9di\u00e9es. Tout cela est vrai, mais c&rsquo;est aussi pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui est g\u00e9nial dans Us : la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 maladroite, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e de l&rsquo;ensemble, et la fureur, visc\u00e9rale, impressionnante de sc\u00e8nes, d&rsquo;images, de chor\u00e9graphies, d&rsquo;id\u00e9es vertigineuses. Quelque part, exp\u00e9dier ce qui pourrait \u00eatre le plus profond donne \u00e0 Us un petit quelque chose d&rsquo;humble tr\u00e8s ricain des plus rafra\u00eechissants dans sa volont\u00e9e de ne pas l\u00e9siner sur le pur divertissement, car si on a peur, parfois, on s&rsquo;amuse surtout beaucoup devant Us.\u00a0 Mieux, Us nous attaque de front, on sent qu&rsquo;on est pris \u00e0 parti, \u00e0 la gorge : Jordan Peele nous renvoie \u00e0 la gueule notre civilit\u00e9 s\u00e9curis\u00e9e, nos choix de soci\u00e9t\u00e9 chaque jour plus incapacitants, nos techno-joujoux et notre rapport de d\u00e9pendance \u00e0 des gadgets, notre imaginaire fictif \u00e0 l&rsquo;\u00e8re o\u00f9 les plateforme de stream nous englobe (via des actions foireuse \u00e0 pisser de rire, notamment de la part du p\u00e8re, qui pense qu&rsquo;on peut se d\u00e9fendre d&rsquo;une menace un peu comme on le fait dans les films et se confronte \u00e0 l&rsquo;exigence de puissance du r\u00e9el), nos \u00e9lans d&rsquo;humanisme symbolique cul-cul la praline: la sc\u00e8ne de d\u00e9but avec la pub pour la cha\u00eene humaine d&rsquo;\u00e9chelle continentale d&rsquo;appel aux dons pour lutter contre la faim, et son \u00e9cho ironique g\u00e9nialissime par la suite, en gros, quelque part, il nous dit \u00ab tu veux lutter contre la faim, arr\u00eate tes cha\u00eenes \u00e0 deux balles et va checker ce que t&rsquo;as en trop dans ton frigo \u00bb. Car oui Us c&rsquo;est aussi l&rsquo;appel \u00e0 une reprise en main de nos vie par nos soins, sans appel \u00e0 x ou y d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 ou coach \u00e0 deux balle, sans chercher x ou y responsable de nos d\u00e9rives, Us nous invite \u00e0 nous regarder en face sans d\u00e9tour, \u00e0 reconna\u00eetre franco ce qu&rsquo;on a laiss\u00e9 derri\u00e8re, ces petits moi, ces petits toi qui r\u00eavaient plus grand, plus haut, et tellement plus loin. C&rsquo;est le murmure d&rsquo;un ado, d&rsquo;un enfant aussi, dans l&rsquo;oreille de lui adulte, un quart de si\u00e8cle plus tard.<\/p>\n<figure id=\"attachment_545\" aria-describedby=\"caption-attachment-545\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-545 size-full\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-4.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-4.jpg 700w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-4-300x168.jpg 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-4-465x261.jpg 465w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-4-695x390.jpg 695w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-545\" class=\"wp-caption-text\"><em>\u00ab\u00a0Si Si, \u00e7a va, tout bien\u00a0\u00bb<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mieux encore, Us, entre deux d\u00e9charges et trois vertiges, jusqu&rsquo;au sommet d&rsquo;une tension grandissante, sait nous proposer de la pure po\u00e9sie, et nous porter sur les cimes intimes du conte, pas si loin d&rsquo;un Edouard au Mains d&rsquo;Argent (ciseaux y compris, en plus enrag\u00e9 certes) et ses moments de suspension hors du temps tout bonnement prodigieux, notamment dans ce final qui frise le kitch ou le maigre money-shot et pourtant \u00e9meut \u00e9trangement et r\u00e9joui dans sa soif d&rsquo;ampleur.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sur le web, ils sont nombreux \u00e0 d\u00e9chiqueter le film \u00e0 grand renforts de listings des incoh\u00e9rences, nombreux aussi, en bons m\u00e9canistes et gardiens des structures, \u00e0 fustiger ses aspects bancals, mal fam\u00e9s, mal fichus, tout ce qu&rsquo;on veut du haut des tours de contr\u00f4le de la sacro-sainte coh\u00e9rence \u00e0 tout prix. Alors oui le film est maladroit, se perd un peu, s&rsquo;\u00e9ternise peut-\u00eatre dans le slasher au d\u00e9triment de sa port\u00e9e plus vaste, fait se percuter sa conclusion dans son introduction, oui on aurait aim\u00e9 un traitement plus fouill\u00e9 de sa propre mythologie, oui cette m\u00eame mythologie se prend les pieds dans le tapis avant m\u00eame de r\u00e9ellement se d\u00e9ployer, tient pas des masses en place, oui les tonalit\u00e9s se contredisent parfois, faisant retomber la vapeur l\u00e0 o\u00f9 on attendait une \u00e9ruption et c\u00e8de \u00e0 la fr\u00e9n\u00e9sie l\u00e0 o\u00f9 on aurait eu besoin de plus de temps. Oui, il est \u00e0 la fois sur-explicatif et ne nous en dit paradoxalement pas assez. Oui, il y a un petit quelque chose qui ne va pas vraiment au del\u00e0 d&rsquo;un (bon) \u00e9pisode de la 4\u00e8me dimension: 1-2 bonnes id\u00e9es et des (grosses) ficelles pour faire tenir le tout. Oui oui oui, rangez les fourches, retournez au potager, on a d\u00e9j\u00e0 br\u00fbl\u00e9 la sorci\u00e8re, elle a eu mal, elle a cri\u00e9, avou\u00e9, on s&rsquo;en est bien occup\u00e9, on fera don d&rsquo;une part de ses cendres \u00e0 chaque foyer.<\/p>\n<figure id=\"attachment_546\" aria-describedby=\"caption-attachment-546\" style=\"width: 938px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-546\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-5-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"938\" height=\"625\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-5-300x200.jpg 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-5-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-5-768x512.jpg 768w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-5-465x310.jpg 465w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-5-695x463.jpg 695w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-5.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 938px) 100vw, 938px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-546\" class=\"wp-caption-text\"><em>Lupita Nyango, immense r\u00e9v\u00e9lation de Us et allez, quoi, plus belle femme du monde, mais si, m&#8217;emmerdez pas<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais de un, reprocherait-on au Petit Poucet et \u00e0 Cendrillon leur incoh\u00e9rence? Car au del\u00e0 de sa puissance graphique et de ses explosions de violence et de malaise, au-del\u00e0 m\u00eame de ses th\u00e9matiques souvent on ne peut plus actuelles, le film atteint par instants les hautes sph\u00e8res symboliques autant que l&rsquo;intimit\u00e9 universelle propres aux contes, ce petit quelque chose d&rsquo;\u00e9cho commun \u00e0 tous les peuples de tous les temps, cette petite odeur de paradis perdu avec des pistes de possibles retrouvailles, ce petit appel d&rsquo;air qui nous caresse le dos en direction d&rsquo;x, xxx m\u00eame, chemins des possibles. Certes, le film fait allusion, consciemment ou non, \u00e0 d&rsquo;autres contes en \u00e9tant, par exemple, un anti-Trois Petits Cochons, car il semble que pour Jordan Peele c&rsquo;est en sortant des maisons, des sacrifices et r\u00eaves immobiliers et en renouant directement avec les puissances imm\u00e9diates de nos corps, de nos plus simples appareils, en se reliant \u00e0 nos aspirations premi\u00e8res que nous battrons le loup, que nous sortirons des enfers ti\u00e8des de la symbolique et de la \u00ab culture \u00bb bourgeoise. Et pourtant, malgr\u00e9 moult r\u00e9f\u00e9rences, il parvient \u00e0 nous proposer un vrai nouveau conte qui se tient tr\u00e8s bien tout seul\u00a0 en tant que tel et s\u00e9duit, bouleverse m\u00eame par les innombrables fulgurances, obstacles, vertiges et glissements qu&rsquo;il nous fait vivre. Un film qui s&rsquo;appartient donc pleinement avec une vraie puissance universelle qui transcende totalement son r\u00e9cit (soi-disant) chancelant. Que ce soit lors de superbes flashback de danse et de son \u00e9cho en montage crois\u00e9 dans le pr\u00e9sent de la m\u00e8re de famille, que ce soit la fille contrainte \u00e0 se remettre \u00e0 courir pour sauver sa peau comme lorsque plus jeune elle donnait tout son temps \u00e0 faire vivre et vibrer son corps \u00e0 l&rsquo;athl\u00e9tisme avant d&rsquo;\u00eatre prise dans les filets immobilisant des r\u00e9seaux sociaux, scotch\u00e9e d\u00e9sormais \u00e0 son smartphone, que ce soit ces fulgurances folles (h\u00e9las trop courtes) faisant se r\u00e9pondre les actions des \u00ab\u00a0civilis\u00e9s\u00a0\u00bb avec leurs doubles barbares et cingl\u00e9s avec en prime en sous-texte le mim\u00e9tisme et les mod\u00e8les impos\u00e9s de force, \u00e0 contrec\u0153ur et contre-corps (toute lecture des techniques coloniales et du traitement, notamment, des am\u00e9rindiens, me semble d&rsquo;ailleurs plus qu&rsquo;indiqu\u00e9e, le film pouvant se lire comme une sorte de manifeste des derniers des mohicans). Cette mani\u00e8re de nous prendre par la main et de nous entra\u00eener \u00e0 travers notre propre miroir pour nous inviter non pas \u00e0 \u00e9radiquer les d\u00e9mons n\u00e9s de nos plus intimes d\u00e9faites mais \u00e0 leur tendre la main, les laisser un peu s&rsquo;exprimer pour mieux les reconna\u00eetre, n&rsquo;est-ce pas prodigieux? Si c&rsquo;est m\u00eame compl\u00e8tement magique, tellement rare au cin\u00e9ma de voir cohabiter une telle richesse, une telle g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 sans se soustraire aux imp\u00e9ratif de divertissement propre au cin\u00e9ma horrifique et foutre aussi r\u00e9ellement les boules (en t\u00e9moigne ce crescendo de tension de malade tout \u00e0 fait premier degr\u00e9 de sa premi\u00e8re heure que m\u00eame de nombreux gags \u00e0 la Homer Simpson ne parviennent pas \u00e0 briser).<\/p>\n<figure id=\"attachment_547\" aria-describedby=\"caption-attachment-547\" style=\"width: 942px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-547\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-6-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"942\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-6-300x200.jpg 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-6-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-6-768x512.jpg 768w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-6-465x310.jpg 465w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-6-695x463.jpg 695w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-photo-6.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 942px) 100vw, 942px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-547\" class=\"wp-caption-text\"><em>\u00ab Beee&#8211;ennn k\u00f4aaaa, chaa-a-a vaaaa trrr\u00e8\u00e8\u00e8\u00e8\u00e8 trr\u00e8\u00e8\u00e8\u00e8 biiieeeennnn\u00a0 je-e-e diiiiii\u00bb<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">De deux, toujours \u00e0 ceux pour qui le Saint Graal se doit d&rsquo;\u00eatre avant tout coh\u00e9rent, et pour qui donc Us est un graal en toc, j&rsquo;aimerais faire une petite sortie de route et sugg\u00e9rer l&rsquo;id\u00e9e que notre monde ne souffre pas vraiment d&rsquo;incoh\u00e9rence. Bien au contraire, la coh\u00e9rence semble \u00eatre partout la norme. Elle semble m\u00eame venir hanter les cauchemars des sc\u00e9naristes, qui troquent leurs \u00e9lans proph\u00e9tiques et renoncent \u00e0 bien de grandiloquentes visions pour soigner quoi? des ficelles, gu\u00e8re plus. Tout est coh\u00e9rent, tragiquement coh\u00e9rent et tout autant tragiquement soumis \u00e0 la vindicte des ap\u00f4tre de la coh\u00e9rence. Rappelons tout de m\u00eame qu&rsquo;il est tout \u00e0 fait possible qu&rsquo;un film soit parfaitement coh\u00e9rent et tout bonnement merdique. Que par exemple, la coh\u00e9rence est la valeur supr\u00eame d&rsquo;invariables merdes comme, mettons, les Experts \u00e0 Miami, Los Angeles, Petaouchnok, et pis quoi, demain, les Experts Univers? Les frissons ne proviennent que rarement de la coh\u00e9rence, non? Vos r\u00eaves nocturnes sont-ils coh\u00e9rents? Et pour autant en sont-ils moins puissants, sont-ils moins myst\u00e9rieusement justes, n&rsquo;ont-ils pas leur propre coh\u00e9rence qui nous \u00e9chappe et pour autant nous parle on ne peut plus pr\u00e9cis\u00e9ment? Allons plus loin au risque de froisser les parti pris apolitique du r\u00e9dacteur en chef (mais il ne lira pas jusqu&rsquo;ici;-P): des structures monstres comme Amazon qui en sont \u00e0 faire timbrer leurs employ\u00e9s lors de leurs pause-pipi les amenant, du fait d&rsquo;exigences de rendement devenues incompatibles avec m\u00eame ce genre de besoin premiers, \u00e0 pisser \u00e0 la sauvette dans des bouteilles PET qu&rsquo;ils cachent ensuite mis\u00e9rablement dans les rares recoins non capt\u00e9s d&rsquo;immenses halles de stockage remplies de tonnes de marchandises que nous leurs achetons tous, ces politiques d&rsquo;entreprise tout bonnement horribles, tr\u00e8s ouvertement engag\u00e9es contre les derni\u00e8res respirations humaines, ces politiques manag\u00e9riales compl\u00e8tement d\u00e9go\u00fbtantes ne manquent, elles non plus, jamais de coh\u00e9rence. Car oui, c&rsquo;est avant tout coh\u00e9rent de vouloir \u00e9viter \u00e0 tout prix qu&rsquo;un esclave d&rsquo;Amazon n&rsquo;aille pas se soulager dix minutes aux chiottes en l&rsquo;obligeant \u00e0 d\u00e9compter de ses heures chaque goutte de pipi, toute optimisation du rendement est indiscutablement coh\u00e9rente. Les suicides qui s&rsquo;ensuivent sont de m\u00eame tr\u00e8s tr\u00e8s coh\u00e9rents, in\u00e9vitablement coh\u00e9rents m\u00eame. Les besoins maniaques de coh\u00e9rence, comme de technique, ne sont pas neutres et r\u00e9pondent souvent aux ordres de nombreux fant\u00f4mes froids, eux-m\u00eames reliquats des puissances pluris\u00e9culaires de domination et scl\u00e9rosions devenues puissances actuelles de grands promoteurs d&rsquo;un monde referm\u00e9, d\u00e9figur\u00e9 par eux, impraticable sans le lot de proth\u00e8ses formidablement design\u00e9es et fonctionnelles qu&rsquo;ils nous vendent. Et n&rsquo;oublions pas que la coh\u00e9rence des grands poss\u00e9dants ne se marie que de force avec la coh\u00e9rence ch\u00e8re aux pauvres, par exemple. Bref, la coh\u00e9rence suppos\u00e9e, en fiction comme ailleurs, est au fond assez rarement le crit\u00e8re le plus pertinent quand il est question d&rsquo;aborder une \u0153uvre, si ce n&rsquo;est peut-\u00eatre dans les enqu\u00eates toutes faites ou les whodunits, bref, les tristes m\u00e9caniques. Car certaines incoh\u00e9rences donnent paradoxalement du mou \u00e0 certain r\u00e9cits, les faisant respirer et nous permettant de projeter pr\u00e9cis\u00e9ment dans ces failles un petit quelque chose de nous, spectateur soudain invit\u00e9 \u00e0 participer, \u00e0 aider un peu \u00e0 faire tenir l&rsquo;\u00e9difice, y mettre sa touche.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais revenons \u00e0 Us donc, fable incoh\u00e9rente donc mais qui \u00e0 mon sens fait appel \u00e0 quelque chose de plus ancien, de plus profond, de plus ample, de pr\u00e9historique m\u00eame, comme un certain orgueil mammif\u00e8re non r\u00e9ductible \u00e0 la coh\u00e9rence, et fait \u00e9chos aux r\u00eaves sublimes de notre pr\u00e9-adolescence, ce temps b\u00e9ni o\u00f9, encore moiti\u00e9 de singe (de l&rsquo;espace), le r\u00e9el fusionne encore avec les songes, ou l&rsquo;amour n&rsquo;a pas encore de nom (et de prix), ne se confond pas avec la possession, et se r\u00e9pand, comme ci comme ca, tout azimut et tout feu-follet, nous invitant \u00e0 tout prix \u00e0 s&rsquo;y reconnecter, \u00e0 cet appel d&rsquo;une autrement plus ample libert\u00e9 que celle de travailler pour Amazon ou dieu sait quels clones manageriaux d&rsquo;autres affaires et dimensions. Quelque part, et je sais que c&rsquo;est un peu facile et que je surinterpr\u00e8te s\u00fbrement \u00e0 mort, Jordan Peele, dans Us, nous invite \u00e0 r\u00e9veiller les amazones contre Amazon, remue en nous un certain orgueil mammif\u00e8re radicalement ennemi du flic interne gardien de l&rsquo;infaillible concordance entre nos aspiration et la r\u00e9alit\u00e9, aussi morne soit-elle, ce flic qui nous habite tous, nous invite syst\u00e9matiquement \u00e0 revoir nos aspirations \u00e0 la baisse, de ranger nos passion parmi nos hobbys (ce qui revient 99x sur 100 \u00e0 les enterrer purement et simplement), et nous ordonne tous de la m\u00eame mani\u00e8re, dans la m\u00eame direction: celle de l&rsquo;abandon de nos plus pr\u00e9cieux \u00e9lans&#8230; Au profit de quoi? Bien souvent d&rsquo;une coh\u00e9rence imm\u00e9diate qui se d\u00e9douane de la tyrannie via l&rsquo;appel autoritaire au r\u00e9el (et on commence \u00e0 la voir, la gueule bien cram\u00e9, bien d\u00e9figur\u00e9e et suintante, toute de pu et de cloques de notre r\u00e9el ). Us se montre autrement plus exigeant avec nous, Us nous invite \u00e0 renouer avec notre \u00ab\u00a0plan a\u00a0\u00bb auquel nous sommes tant \u00e0 avoir renonc\u00e9 pour des \u00ab\u00a0plans b, c\u00a0\u00bb en pagaille et les sacrifices mim\u00e9tiques, sacrifices \u00e0 la cha\u00eene qu&rsquo;ils impliquent. Us c&rsquo;est donc un plan incoh\u00e9rent, mais au moins c&rsquo;est un plan a, A m\u00eame, quand bien m\u00eame il implique des sacrifices plus grands encore, proprement impossibles, mais en vue de reconqu\u00e9rir cette fois notre plus intime dignit\u00e9, d&rsquo;honorer et lever les voiles pour porter, tracer enfin nos plus pr\u00e9cieux, atypiques, grandioses et si souvent incoh\u00e9rents \u00e9lans. Donc aux flics de la coh\u00e9rence, qui attendent d&rsquo;une fiction ce qu&rsquo;on peut attendre d&rsquo;un roulement \u00e0 bille, laissez-nous les puissants myst\u00e8res inexpliqu\u00e9s de Us, ses vertiges insens\u00e9s et ses maladresses qui cr\u00e8vent le c\u0153ur, bref, retournez collectionner des \u00e9chantillon d&rsquo;ADN \u00e0 Westeros, jouez et rejouez mille fois le jeu des tr\u00f4nes et laissez nous nos, d\u00e9j\u00e0 si maigres et si souvent h\u00e9las fictifs, bouts de monde.<\/p>\n<figure id=\"attachment_561\" aria-describedby=\"caption-attachment-561\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-561 size-large\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Screen-Shot-2018-12-25-at-8.21.20-AM-1024x604.png\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"604\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Screen-Shot-2018-12-25-at-8.21.20-AM-1024x604.png 1024w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Screen-Shot-2018-12-25-at-8.21.20-AM-300x177.png 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Screen-Shot-2018-12-25-at-8.21.20-AM-768x453.png 768w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Screen-Shot-2018-12-25-at-8.21.20-AM-460x270.png 460w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Screen-Shot-2018-12-25-at-8.21.20-AM-465x274.png 465w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Screen-Shot-2018-12-25-at-8.21.20-AM-695x410.png 695w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Screen-Shot-2018-12-25-at-8.21.20-AM.png 1172w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-561\" class=\"wp-caption-text\"><em> \u00ab\u00a0Us, un film plus cram\u00e9 que les Experts Miami\u00a0\u00bb<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">De trois, s\u00fbrement involontairement certes mais quand-m\u00eame, les incoh\u00e9rences de Us jouent en faveur de Us, en faveur de son propos. Pour peu que les incoh\u00e9rences tendent \u00e0 nous sortir d&rsquo;un film, Us semble avoir pour vocation m\u00eame de nous sortir de la fiction, et cela est paradoxalement permis aussi via les failles de cette fiction (mais aussi et surtout via les nombreuses ruptures de ton) qui nous sortent parfois du film et nous ram\u00e8nent \u00e0 nous. Involontairement sans doute, je r\u00e9p\u00e8te, les maladresses sont bien r\u00e9elles, mais au cin\u00e9ma lorsqu&rsquo;on sort d&rsquo;un film qu&rsquo;est-ce qui reste? Et bien il reste nous, seuls, forc\u00e9ment seuls, dans le noir, muets, immobiles et un peu absurdement assis en ligne au milieu des autres. Le miroir de Us n&rsquo;est pas semblable aux miroir de nos salles de bain, c&rsquo;est un miroir noir, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9cran de cin\u00e9ma lorsque les lumi\u00e8res sont \u00e9teinte et que le film n&rsquo;a pas encore commenc\u00e9, l\u00e0, ces quelques secondes juste apr\u00e8s les pubs, un immense miroir noir, le seul qui permet de refl\u00e9ter, par projections, monstrueuses s&rsquo;il le faut, bien plus que juste les apparences ext\u00e9rieures, mais notre individualit\u00e9 la plus intime, la plus marqu\u00e9e, et toutes les peurs et espoirs qui nous composent. Us ne refl\u00e8te pas juste ce que nous sommes une fois pass\u00e9 par les bains br\u00fblants et glac\u00e9s pr\u00e9par\u00e9s par les gardiens, cerb\u00e8res des r\u00e9alit\u00e9s autoris\u00e9es, mais aussi ce que nous pourrions \u00eatre, ici et maintenant, si nous nous faisions confiance et prenions la vie comme un vaste risque, un pari impossible, en faisant peur \u00e0 nos peurs, en mettant sans dessus dessous, sans filet, nos quotidiens. Us nous invite donc \u00e0 cesser de nous soumettre aux r\u00eaves des autres, car oui, aujourd&rsquo;hui, comme hier, la fiction ne concerne pas que les r\u00e9cits imaginaires. Apr\u00e8s tout, travailler pour un chef, n&rsquo;est-ce pas int\u00e9grer le r\u00eave d&rsquo;un autre? de donner notre vie au r\u00eave d&rsquo;un autre en vue d&rsquo;avoir le droit de quoi? de manger, de se loger, de survivre plus souvent que de vivre il me semble&#8230; Et quelque part, quelque soit le salaire, lorsque nous vendons notre temps \u00e0 un tiers en \u00e9change d&rsquo;un ensemble de t\u00e2ches imagin\u00e9es, pr\u00e9con\u00e7ues par un\/des tiers, ne vivons-nous pas dans une sorte de mauvais conte, auquel aujourd&rsquo;hui s&rsquo;ajoute un dr\u00f4le d&rsquo;\u00e9tat devenu quasi permanent de survie? Nous vivons bien quasi tous dans la fiction d&rsquo;un autre, non? Certes vivre dans une fiction imagin\u00e9e par un autre, ce n&rsquo;est pas toujours n\u00e9gatif, je dis pas, on peut adopter sa fiction et donc en faire une r\u00e9alit\u00e9 forte et bien v\u00e9cue et aboutir \u00e0 un effort commun aussi d\u00e9sir\u00e9, car apr\u00e8s tout l&rsquo;immeuble qu&rsquo;on a particip\u00e9 \u00e0 construire, on peut le toucher, il est bien r\u00e9el (en sommes-nous si s\u00fbrs&#8230;). Comme un peu chez les fourmis, d\u00e9sirer \u0153uvrer aux pyramides en cours, d\u00e9sirer les ambitions grandiloquente de nos &#8211; souvent tout petits faut le dire quand-m\u00eame &#8211; pharaons, rois et reines de l&rsquo;industrie, du divertissement, du b\u00e9ton et des betteraves, mais aussi des mod\u00e8les qui se pr\u00e9fabriquent lentement en nous. Le r\u00eave de Us est juste plus fauve, et les lions s&rsquo;en battent les roubignoles des constructions, pas facile de faire travailler un lion, les lions trouvent et expriment pleinement la force br\u00fblante qui vit eux, ne l&rsquo;externalise pas dans les gigastructures ou les pavillons, les lions ne pr\u00e9m\u00e9ditent pas leur libert\u00e9. J&rsquo;en doute fort mais on peut imaginer que bien des cath\u00e9drales aient \u00e9t\u00e9 b\u00e2ti par une passion partag\u00e9e, un r\u00eave commun (rappelons tout de m\u00eame que les impressionnantes fresques qui les tapissent et la grandiloquence, le souci du d\u00e9tail qui orne les structures qui les portent sont, pour l&rsquo;essentiel, des commandes pay\u00e9es au prix fort par les pouvoirs d&rsquo;alors et pour plus de pouvoir, avis aux reconstructeurs de Notre Dame de Paris et aux expulseurs de Notre Dame des Landes, comme dans Us, deux notre dame, celle des fils-la-mis\u00e8re r\u00e9compens\u00e9s \u00e0 coup de pied au cul et celle des rentiers-n\u00e9s et de leur si pr\u00e9cieuse bonne conscience (qu&rsquo;il sont pr\u00e8s \u00e0 racheter \u00e0 coup de milliards)&#8230;, Us nous invitent \u00e0 tenter le moins solide, nous invite \u00e0 des aventures moins lourdes, \u00e0 des \u00e9chapp\u00e9es en plus simples appareils. Mais cette adh\u00e9sion commune, cette aventure partag\u00e9e sur-vendue par les proph\u00e8tes des ressources humaines, ce n&rsquo;est juste pas vraiment ce que je vois majoritairement autour de moi. A ces r\u00eaves, quasi toujours tristement constructivistes, productivistes, ces r\u00eaves d&rsquo;autrui qui s&rsquo;imposent \u00e0 nous par la menace du d\u00e9nuement, r\u00eaves promis mais toujours pour demain et vendus comme in\u00e9vitables, ind\u00e9passables, sur le mode Fin de l&rsquo;Histoire, Jordan Peele, en bon nietzsch\u00e9en, leur oppose notre puissance en dormance dans nos corps, appelle \u00e0 son \u00e9veil ici et maintenant, pr\u00e9f\u00e8re s&rsquo;il le faut une rage fondamentale \u00e0 une ti\u00e8de adh\u00e9sion, fait co\u00efncider renoncement aux artifices et renouement avec la force, le plaisir, la jouissance. Il questionne jusqu&rsquo;aux mouvements de nos corps dans l&rsquo;espace, riant des d\u00e9placements post-modernes de ses personnages, qui tout en mollesse ou fr\u00e9n\u00e9sie, plus nerveuse que rapide, se r\u00e9sument \u00e0 de vagues va et vient entre le bureau, le canap\u00e9, le lit conjugal, l&rsquo;ordi et mettons, car, m\u00eame faiblement faut bien vibrer, une salle de concert les week-ends, bref, une boite aussi pour s&rsquo;amuser pour des personnages qui au fond, \u00e7a se sent, \u00e7a pleure sous l&rsquo;image, semblent avoir renonc\u00e9 aux mouvements en eux-m\u00eames qui ne tiennent pas une seconde la comparaison avec ceux incroyablement libres des doubles hant\u00e9s et enrag\u00e9s de chacun d&rsquo;eux. Doubles certes bien tar\u00e9s, mais \u00e9trangement libres dans leurs gestes et d\u00e9placements, bestiaux, des mouvements rac\u00e9s, vifs, impr\u00e9visibles, pour certains lourdaux mais honn\u00eates, qui nous renvoient du coup, dans un certain id\u00e9al de cin\u00e9ma \u00e0 mon sens, \u00e0 la triste pr\u00e9visibilit\u00e9 incapacitante type auto-boulot-r\u00e9seau-dodo, la pauvret\u00e9 ahurissante de notre rapport \u00e0 l&rsquo;espace, et, in fine, \u00e0 la vie. Ainsi les incoh\u00e9rences pour certains trop manifestes de Us font aussi office de grains de sable dans les rouages p\u00e9p\u00e8res des wagons de notre train-train-fant\u00f4me quotidien (et cin\u00e9matographique), nous sortant parfois du film pour mieux nous retrouver seuls dans le noir vis \u00e0 vis de notre r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;image de ces doubles qui viennent perturber les \u00e9difices, pour l&rsquo;essentiel virtuels, qui font les vies de renoncement. Les vies en qu\u00eates de r\u00e9sidences secondaires en sommes que sont devenues celles des membres de cette famille de noirs qui, trag\u00e9die ultime quelque part, tentent d&rsquo;imiter le mod\u00e8le blanc des fistons d&rsquo;ex-colons devenus petits-bourgeois am\u00e9ricains (le parall\u00e8le \u00e0 l&rsquo;europ\u00e9enne va tr\u00e8s bien aussi), les vies et r\u00eaves de la classe moyenne voulue, toujours, sup\u00e9rieure, que la famille et plus particuli\u00e8rement la m\u00e8re (et nous saurons pourquoi, et c&rsquo;est g\u00e9nial) d\u00e9crite dans Us semble d\u00e9sirer un peu par d\u00e9faut. Par d\u00e9faut de tout le reste \u00e0 commencer par elle-m\u00eame, en t\u00e9moigne ce si beau plan tout simple qui ouvre le film et montre la m\u00e8re de famille fatigu\u00e9e, assise immobile dans un 4&#215;4 tout propre, la t\u00eate appuy\u00e9e contre la vitre, les yeux dans le vague, pas d\u00e9pressive, mais lasse un peu par d\u00e9faut, n&rsquo;esp\u00e9rant en creu m\u00eame plus quelque part qu&rsquo;il se passe vraiment quoi que ce soit ici bas.<\/p>\n<figure id=\"attachment_550\" aria-describedby=\"caption-attachment-550\" style=\"width: 795px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-550 size-full\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-Photo-8.jpg\" alt=\"\" width=\"795\" height=\"412\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-Photo-8.jpg 795w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-Photo-8-300x155.jpg 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-Photo-8-768x398.jpg 768w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-Photo-8-465x241.jpg 465w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-Photo-8-695x360.jpg 695w\" sizes=\"auto, (max-width: 795px) 100vw, 795px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-550\" class=\"wp-caption-text\"><em>Un g\u00e9n\u00e9rique d&rsquo;intro superbe prend le temps de superposer des lapins en cages et des bancs d&rsquo;\u00e9cole et les pays des merveilles loup\u00e9s que \u00e7a peut sugg\u00e9rer<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et je pourrais en dire sur tous les aspects purement artistiques du film mais juste la photographie est magistrale, c&rsquo;est pas loin d&rsquo;\u00eatre un des plus beau film d&rsquo;horreur r\u00e9cent. Et la sc\u00e9nographie qui parvient \u00e0 nous donner des frissons amples \u00e0 mille lieues de tout jumpscare basique. Ces pauses malaisantes lors du face \u00e0 face entre les membres de la famille \u00ab\u00a0normale\u00a0\u00bb et leurs doubles, \u00e7a tue tout. Et des trouvailles, jamais vues, \u00e0 la pelle, comme la mani\u00e8re de s&rsquo;exprimer de la m\u00e8re, gla\u00e7ante et triste \u00e0 la fois, comme un chat qui boite et qui crache plus qu&rsquo;il ne miaule. Et les chor\u00e9graphies mazette, ces corps incontr\u00f4lables \u00e0 moiti\u00e9 comme pilot\u00e9s et qui semblent pourtant plus libres que les corps de la famille normale. Jusqu&rsquo;aux tenues m\u00eame des doubles, qui font bien s\u00fbr penser \u00e0 celles des d\u00e9tenus de Guant\u00e1namo que nos JT ont avec force complaisance ic\u00f4nis\u00e9es \u00e0 jamais. Tout cela est redoutablement impactant, et juste dans l&rsquo;esth\u00e9tique, les postures et la sc\u00e9nographie appliqu\u00e9e \u00e0 ces corps quasi muets, ces doubles immobiles lors de la premi\u00e8re rencontre, c&rsquo;est tellement puissant visuellement que \u00e7a titille direct l&rsquo;inconscient collectif et ce reflet de famille imm\u00e9diatement mythique de se placer direct aux c\u00f4t\u00e9 des plus grandes figures horrifiques telles que Leatherface, Pinhead, Freddy, Michael Myers et toute l&rsquo;h\u00e9r\u00e9tique clique. Et la musique, mon dieu, la musique, ce th\u00e8me funky de musique noire qui ralentit et se d\u00e9lite dans son remix, comme si pas seulement cette famille, mais la notion m\u00eame de tribu, la tribu originelle en quelque sorte, sens\u00e9e toujours un peu vivre en chacun de nous, \u00e9tait en danger. Que les noirs (je sais je caricature, \u00e7a existe pas les noirs, ce n&rsquo;est pas des tribus les noirs, tranquille tranquille, moi je suis blanc et je me sens plus \u00ab\u00a0tribu\u00a0\u00bb que \u00ab\u00a0citoyen\u00a0\u00bb) couraient un bien plus grand danger \u00e0 imiter un mod\u00e8le blanc qu&rsquo;\u00e0 \u00eatre ouvertement colonis\u00e9 (quand t&rsquo;es colonis\u00e9, quelque part, tu sais qui tu es, quand t&rsquo;es assimil\u00e9 tu peux bien tout oublier, et d\u00e9sirer les m\u00eames choses que ton ma\u00eetre, au fond, pourquoi se priver).<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"&quot;Pas De Deux (from US)&quot; by Michael Abels\" width=\"1440\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/RPWmtLZ0y5c?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette musique donc qui fait de telles merveilles et parvient \u00e0 elle toute seule \u00e0 faire se tordre et vaciller ces r\u00e9alit\u00e9s sing\u00e9es, elle entre direct au pantheon des meilleures partitions horrifiques, des exp\u00e9rimentations des Goblins pour Suspiria \u00e0 l\u2019envo\u00fbtante beaut\u00e9 des th\u00e8mes de Philipp Glass pour Candyman, pas moins. Candyman, auquel on revient semble-t-il toujours, dans Us plus que jamais, pas seulement parce que les noirs am\u00e9ricains sont en question (m\u00eame si ici le th\u00e8me s&rsquo;\u00e9largit, gravement, car quelque part on aurait pu inverser les deux familles et le film aurait aussi fonctionn\u00e9, peut-\u00eatre juste un peu moins bien, car c&rsquo;est avant tout l&rsquo;esprit bourgeois qui est vis\u00e9), mais aussi par l&rsquo;ampleur surprenante que prend l&rsquo;histoire dans son final tr\u00e8s tr\u00e8s particulier, doucement apocalyptique dans un pur d\u00e9lice pour les r\u00e9tines. Et cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, \u00e0 la fois dans les r\u00e9v\u00e9lations et dans ce qui s&rsquo;ouvre au final \u00e0 toutes les suites possibles qu&rsquo;on s&rsquo;imagine aussi grandioses que compl\u00e8tement frapp\u00e9es. Et ces flashbacks, tous plus sublimes les uns que les autres et les \u00e9chos au pr\u00e9sent, si r\u00e9ussis, tant\u00f4t d\u00e9licieusement ironiques et tant\u00f4t effrayants ou juste, oui, po\u00e9tiques, vraiment : la danse meurtri\u00e8re finale est une merveille, du jamais vu, on voudrait que \u00e7a dure deux heures, quelque chose d&rsquo;\u00e9vident autant qu&rsquo;indicible, quelque chose d&rsquo;universel semble se jouer dans ce ballet sous-terrain. Et les interpr\u00e9tations, de la m\u00e8re et de la gamine en particulier, ahurissantes de puissance, elles d\u00e9chirent l&rsquo;\u00e9cran d\u00e8s que leurs doubles apparaissent, avec un vrai taf atypique qui va bien au del\u00e0 de quelques mimiques ou maquillages et qui envo\u00fbte par un vrai soin donn\u00e9 \u00e0 la gestuelle et aux expressions au rendu ultra-puissant. Et je passe sur mille d\u00e9tails fascinants dont le traitement des synchronicit\u00e9s, ces \u00e9tranges hasards qui ici annoncent le pire, ou encore l&rsquo;usage transcend\u00e9, mythifi\u00e9, d&rsquo;objets religieusement d\u00e9vi\u00e9s par les doubles, comme si la po\u00e9sie, en danger n&rsquo;\u00e9tait elle-m\u00eame plus que dans les mains des plus fous d&rsquo;entre nous. Bref, on peut dire ce qu&rsquo;on veut de Us, mais on ne peut lui enlever sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ni d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 dans ses moindres d\u00e9tails jusque et surtout dans sa pr\u00e9cieuse insolence.<\/p>\n<figure id=\"attachment_551\" aria-describedby=\"caption-attachment-551\" style=\"width: 740px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-551 size-full\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-Photo-9.jpg\" alt=\"\" width=\"740\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-Photo-9.jpg 740w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-Photo-9-300x126.jpg 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-Photo-9-465x196.jpg 465w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/US-Photo-9-695x293.jpg 695w\" sizes=\"auto, (max-width: 740px) 100vw, 740px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-551\" class=\"wp-caption-text\"><em>\u00ab Approche-toi, j&rsquo;vais t&rsquo;expliquer pourquoi visages p\u00e2les savent pas danser, ah mais nan, c&rsquo;est bon, t&rsquo;as d\u00e9j\u00e0 vu Get Out \u00bb<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">Un petit mot enfin sur le traitement de la famille blanche, les \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb de la famille noire. Comme dans Get Out, Jordan Peele n&rsquo;y va pas de main morte, fait subir aux blancs une violence \u00e0 la hauteur de leur hypocrisie lors d&rsquo;une s\u00e9quence d&rsquo;une brutalit\u00e9 qui d\u00e9borde de l&rsquo;\u00e9cran, les coups port\u00e9s faisant \u00e9chos \u00e0 autant de non-dits, non-dits ultra-violents \u00e0 leur mani\u00e8re, non-dit passifs certes, mais pas inoffensifs. Une violence sans doute aussi purement cathartique pour le r\u00e9al. N\u00e9anmoins le traitement des blancs est plut\u00f4t extr\u00eame , \u00e7a pourrait \u00eatre m\u00eame per\u00e7u comme franchement raciste de la part de ce gorille de Jordan Peele si la caricature n&rsquo;\u00e9tait pas aussi appuy\u00e9e. Si Get Out allait \u00e0 l&rsquo;encontre de la bien-pensance et des tol\u00e9rances automatiques de rigueur en nous disant sans d\u00e9tour que les bourgeois blancs am\u00e9ricains ne sont pas juste un peu racistes, mais hyper racistes et compl\u00e8tement cingl\u00e9s. C&rsquo;est os\u00e9 mine de rien, j&rsquo;entends, quelque part, c&rsquo;est un parti pris radical, \u00e0 te r\u00e9veiller le cadavre de Malcolm X et qui va plus loin que de regretter une vague tendance x\u00e9nophobe en pr\u00e9conisant des campagnes de sensibilisation. Non non, dans Get Out, Jordan Peele nous dresse un portrait compl\u00e8tement malade et irr\u00e9m\u00e9diable de la bourgeoisie blanche, leur pr\u00e9f\u00e9rant sans doute quelque part le raciste franc du collier type paysan texan (\u00e0 mon tour de caricaturer;-) aux simulacres anti-racistes des plus dangereux racistes, ceux qui veulent \u00ab\u00a0s&rsquo;occuper des noirs\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u0153uvrer pour leur bien, leur int\u00e9gration, etc, etc.\u00a0\u00bb et au final en gros \u00ab\u00a0penser \u00e0 leur place\u00a0\u00bb ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les emp\u00eacher de se penser en tant qu&rsquo;ethnies plurielles, les fondre dans la masse et s&rsquo;\u00e9viter ainsi de possibles revendications sociale, ou mieux des \u00e9chapp\u00e9es, tribales (car la s\u00e9gr\u00e9gation, territoriale, elle, existe toujours belle et bien m\u00eame si, et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;Us tape juste, elle est aujourd&rsquo;hui plus sociale que raciale, les bidonvilles se redessinent, de nouveaux murs s&rsquo;\u00e9rigent, il semble plus que jamais crucial d&rsquo;\u00e9viter aux actionnaires des architectes des techno-structures de croiser les damn\u00e9s scolaires, les non-m\u00e9ritants, les mal-n\u00e9s-mal-fam\u00e9-mal-form\u00e9s). Dans Us, l\u00e0 encore, les blancs sont, d&rsquo;apparence tout du moins, moins racistes mais sont par contre montr\u00e9s comme \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8tement cingl\u00e9s, scl\u00e9ros\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;os, \u00e0 deux doigts de l&rsquo;infirmit\u00e9 la plus totale, tout \u00e0 fait internables objectivement, incapables du moindre sourire sinc\u00e8re, crisp\u00e9s \u00e0 mort, compl\u00e8tement perdus dans leurs soucis d&rsquo;apparences et leur peur panique de leur propre animalit\u00e9 et bien s\u00fbr, seulement tout juste supportable lorsqu&rsquo;ils sont compl\u00e8tement bourr\u00e9s. Alors c&rsquo;est pas joli (mais le film est tr\u00e8s loin de se r\u00e9sumer \u00e0 \u00e7a, n&rsquo;oublions pas qu&rsquo;il se moque avant tout de la famille noire), mais perso, bien que blanc, je comprends parfaitement cette sensation d\u00e9crite dans les deux films de Peele, il suffit d&rsquo;aller dans les quartier bourgeois de nos villages suisses p\u00e9p\u00e8res pour sentir, par del\u00e0 les pelouses tondues au poil, par del\u00e0 les architectures \u00e9tudi\u00e9es (encore que le mauvais go\u00fbt bourgeois et\/ou entrepreneuriale demeure infaillible, la laideur d&rsquo;ensemble atteignant toujours des sommets spectaculaires en Suisse, comme si Calvin survivait dans nos pierres, nos surfaces glac\u00e9es et nos am\u00e9nagements, mais je m&rsquo;\u00e9gare), sentir cette forte sensation de mort de tout ce qui, m\u00eame de loin, pourrait appara\u00eetre comme juste un tout petit peu vrai. Bref, s\u00fbrement que je suis un peu maso, en tout cas assur\u00e9ment j&rsquo;ai l&rsquo;humour mal plac\u00e9e pour me fendre ainsi la gueule totalement lorsque Jordan Peele semble esquisser la possibilit\u00e9, ou mieux, montrer clairement que les blancs sont plut\u00f4t inf\u00e9rieurs aux noirs, \u00e0 quasi tout niveaux, ha ha, j&rsquo;sais pas vous, mais \u00e7a me fait pisser de rire, et r\u00e9pond compl\u00e8tement \u00e0 ce que je pense de cette maladie tr\u00e8s tr\u00e8s blanche d&rsquo;externaliser, d&rsquo;\u00e9teindre la puissance en la substituant par du pouvoir, des propri\u00e9t\u00e9s surveill\u00e9es, de la machinerie, de la production, des armes, des techniques et gadgets \u00e0 la con et en pagaille.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"&quot;I Got 5 On It (feat. Michael Marshall) [Tethered Mix from US]&quot; by Luniz\" width=\"1440\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/WFGmO1e_sAU?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Avec Us, ce gros gorille de Jordan Peele, oui je me permet de dire que c&rsquo;est un gros gorille du coup puisqu&rsquo;il se fout d\u00e9j\u00e0 de ma gueule de blanc;-), il ressemble d&rsquo;ailleurs \u00e0 un gorille en vrai, h\u00e9 h\u00e9, si si, propose un film puissant, comme King Kong, mais cette fois pas pr\u00e8s de tomber de l&rsquo;Empire State building apr\u00e8s juste quelques salves de bien-pensants et encore moins donc de disciples aigris des Experts Miami, non, faudra une artillerie autrement plus lourde pour emp\u00eacher Us de traverser les ann\u00e9es. D&rsquo;ailleurs les jeux sont faits, c&rsquo;est un des plus grands succ\u00e8s horrifique r\u00e9cent, et c&rsquo;est amplement m\u00e9rit\u00e9. Et paradoxalement ces vastes charges contre la classe moyenne blanche \u00e0 laquelle on peut tous s&rsquo;identifier puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit surtout d&rsquo;un bagage bien lourdingue de valeurs symboliques transmises et retransmises, ces charges plut\u00f4t offensives de Jordan Peele m&rsquo;ont plut\u00f4t fait du bien. Je me sentais un chouia vis\u00e9, un chouia, et pourtant j&rsquo;ai pas eu une seule seconde le besoin de prot\u00e9ger ce qui serait les miens. Peut-\u00eatre parce que j&rsquo;y sens une sorte d&rsquo;\u00e9trange bienveillance que l&rsquo;humour laisse deviner. Peut-\u00eatre car je suis aussi petit petit petit petit fils des \u00e2ges farouches, des viking, de Rahan lui m\u00eame, qui rappelons-le, bien que blanc, d\u00e9chirait tout \u00e0 mains nues, ours, mamouths et ma\u00eetres chanteurs;-). Oui peut-\u00eatre parce que bien des blancs se sentent aujourd&rsquo;hui un peu comme les am\u00e9rindiens: d\u00e9fait d&rsquo;\u00e0 peu pr\u00e8s tout, vaguement parqu\u00e9s, vaguement employ\u00e9s, vaguement invit\u00e9s \u00e0 tout abandonner, vaguement, vaguement et sans faire de bruit. Et oui du coup, les charges de Peele m&rsquo;ont paradoxalement en quelque sorte un peu lib\u00e9r\u00e9. C&rsquo;est peut \u00eatre aussi \u00e7a \u00eatre blanc : \u00eatre compl\u00e8tement \u00e0 la ramasse en mati\u00e8re gr\u00e9gaire, avoir un certain sens de la mutinerie, une forte propension \u00e0 l&rsquo;auto-mutilation et, par cons\u00e9quent, dans un certain id\u00e9al individualiste et romantique : \u00eatre en mesure de fustiger tout y compris les siens d\u00e8s lors que \u00e7a ne ressemble plus \u00e0 rien de beau, de fort, de sp\u00e9cial, de grand, enfin c&rsquo;est l\u00e0 mon petit r\u00eave de maigres espoirs de petit blanc. Bref, en se foutant de la gueule des blancs \u00e0 fond les manettes, Jordan Peele me rapproche de certains blancs plus fort : les white trash comme on dit, les anars, les pirates et autres emp\u00eacheurs de tourner en rond dans la ouate, ceux qui n&rsquo;en sont pas, ou plus, \u00e0 compter les bulles de savon que souffle le voisin.<\/p>\n<figure id=\"attachment_553\" aria-describedby=\"caption-attachment-553\" style=\"width: 1000px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-553 size-full\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-10.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"521\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-10.jpg 1000w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-10-300x156.jpg 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-10-768x400.jpg 768w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-10-465x242.jpg 465w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-10-695x362.jpg 695w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-553\" class=\"wp-caption-text\"><em>\u00ab c&rsquo;est l&rsquo;amour \u00e0 la plage, et mes yeux dans tes yeux \u00bb<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">Rhalala, oui je sais, j&rsquo;en fais s\u00fbrement beaucoup trop dire \u00e0 ce petit film s\u00fbrement pas si extraordinaire que cela. S\u00fbrement que je lui fais dire finalement surtout ce que j&rsquo;ai envie de dire, bien possible, mais que voulez-vous ce film a touch\u00e9 myriades de mes cordes sensibles, me catapultant tour \u00e0 tour en enfance, me faisant revivre \u00e9checs et espoirs, ravivant nombres de doutes et sourdes intuitions tenaces, m&rsquo;invitant \u00e0 me recentrer sur mes propres d\u00e9sirs, en priorit\u00e9 ceux qui paraissent les moins r\u00e9alisables, les moins coh\u00e9rents;-), me reconnectant via ses chor\u00e9graphies sauvages \u00e0 ma propre sauvagerie enfantine et, j&rsquo;esp\u00e8re, en sourdine, encore irr\u00e9ductible, m&rsquo;a fait renouer avec mes authentiques haines anti-bourgeoises et scolaires (mention sp\u00e9ciale au g\u00e9nial g\u00e9n\u00e9rique d&rsquo;intro et son lent plan s\u00e9quence arri\u00e8re qui sur fond de centaines de cages de lapins laisse appara\u00eetre progressivement la cage ultime : la classe d&rsquo;\u00e9cole et les pays des merveilles d&rsquo;y \u00eatre scell\u00e9s, \u00e7a c&rsquo;est puissant, \u00e7a c&rsquo;est insolent!), et d\u00e9chirer les voiles et simulacres en particulier ceux qui me concernent, que je reproduis et diffuse et rejoindre mes aspirations les plus transgressives. Us m&rsquo;invite \u00e0 sortir l&rsquo;insortable, \u00e0 devenir insortable s&rsquo;il le faut, \u00e0 se repositionner vis \u00e0 vis de soi avec honn\u00eatet\u00e9 et s&rsquo;il le faut, rage. A faire rena\u00eetre l&rsquo;orgueil mammif\u00e8re si malmen\u00e9 par nos paysages ravag\u00e9s par des vastes boites vitr\u00e9es et champs b\u00e9tonn\u00e9s, \u00e0 fendre justement le b\u00e9ton arm\u00e9 de mes angoisses \u00e0 coup de pic pour retrouver la terre si fertile des songes et d\u00e9sirs ainsi d\u00e9li\u00e9s, red\u00e9couverts, remis en lumi\u00e8re. Us invite violemment \u00e0 dire non \u00e0 moult adh\u00e9sions par d\u00e9faut, pour aller ausculter ce \u00ab\u00a0par d\u00e9faut\u00a0\u00bb, ce \u00ab\u00a0moindre mal\u00a0\u00bb en honorant justement nos plus profond soi-disant d\u00e9fauts, tout ce qui nous rend merveilleusement inemployable, inop\u00e9rant, merveilleusement inefficaces, irr\u00e9ductibles plus encore que gaulois. Us est donc pour moi un petit miracle, le miroir noir o\u00f9 tout se joue, se dessine, quelque chose comme un rugissement violent qui d\u00e9chire le cr\u00e9puscule, notre cr\u00e9puscule, \u00e0 l&rsquo;image du double du p\u00e8re qui trouble le lourd sommeil bourgeois pavillonnaire de ses cris d\u00e9ments de gorille en rut (la sc\u00e8ne, inutile en demeurant, est juste dr\u00f4lissime, r\u00e9sume \u00e0 elle seule quelque part l&rsquo;intention du film : lib\u00e9rer la b\u00eate contre carri\u00e8res et cahiers). Us est une pri\u00e8re, de celles qui franchissent rarement les l\u00e8vres mais qui reviennent comme un refrain \u00e0 l&rsquo;odeur adolescente. Us c&rsquo;est un tam-tam, un totem, haute chim\u00e8re revenue \u00e0 la vie et qui souffle et rugit.<\/p>\n<figure id=\"attachment_554\" aria-describedby=\"caption-attachment-554\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-554\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-11-1024x424.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"424\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-11-1024x424.jpg 1024w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-11-300x124.jpg 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-11-768x318.jpg 768w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-11-1536x636.jpg 1536w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-11-465x192.jpg 465w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-11-695x288.jpg 695w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-11.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-554\" class=\"wp-caption-text\"><em>Us a un petit quelque chose d&rsquo;une po\u00e9sie primale, quelque chose du songe d&rsquo;un singe<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">Apr\u00e8s cela que dire sinon qu&rsquo;en bon petit amateur de cin\u00e9, mais surtout de vibrations telluriques, j&rsquo;attends comme un malade un Us 2 que je r\u00eave totalement exp\u00e9rimental et allant jusqu&rsquo;\u00e0 se d\u00e9faire carr\u00e9ment des oripeaux fondamentaux au genre horrifique pour emprunter l&rsquo;\u00e9lan absolument vibrant de son final aussi puissant et ouvert qu&rsquo;in\u00e9dit. J&rsquo;ai totalement confiance en Jordan Peele, ce qu&rsquo;il a trac\u00e9 ici montre \u00e0 quel point ses vis\u00e9es peuvent surprendre, d\u00e9noter, que son ambition d\u00e9mesur\u00e9e et le potentiel fou de cette suite (pr\u00e9vue, aux derni\u00e8res nouvelles) laisse au minimum esp\u00e9rer un franc d\u00e9chirement de la cro\u00fbte terrestre, pour laisser s&rsquo;\u00e9chapper enfin quelque chose, quelque chose comme une sur-pression d&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire, comme le laisse admirablement entrevoir ce merveilleux final bigger than life au possible.<\/p>\n<figure id=\"attachment_555\" aria-describedby=\"caption-attachment-555\" style=\"width: 800px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-555 size-full\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-12.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-12.jpg 800w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-12-300x169.jpg 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-12-768x432.jpg 768w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-12-465x262.jpg 465w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-12-695x391.jpg 695w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-555\" class=\"wp-caption-text\"><em>Le pays des merveilles sent un peu le renferm\u00e9\u00a0? Pas de souci, ma\u00eetre Peele va tout faire p\u00e9ter<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais il est bien clair que le seul Us 2 qui vaille n&rsquo;aura pas lieu au cin\u00e9ma, Us 2 c&rsquo;est tout simplement la reconqu\u00eate bien r\u00e9elle de nos vies au c\u0153ur m\u00eame des terres gel\u00e9es et du vide infini de nos mod\u00e8les sous perfusion inlassablement revisit\u00e9s, nos vies nouvelles pour lesquelles on ne perdrait plus notre souffle \u00e0 ranimer jour apr\u00e8s jour les cadavres devenus boulets, enclumes, r\u00eaves anciens d&rsquo;infirmes et infimes souverains. Nos vie \u00e0 reconqu\u00e9rir nos plumes, une apr\u00e8s l&rsquo;autre et chacune au prix d&rsquo;une vie s&rsquo;il le faut, au signal, au chant, \u00e0 l&rsquo;appel de notre loup \u00e0 la lueur de nos yeux humides dans lesquels se refl\u00e8te une lune bien ronde, et, quelque part, par elle, qui sait, l&rsquo;antique sourire du monde.<\/p>\n<figure id=\"attachment_557\" aria-describedby=\"caption-attachment-557\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-557 size-full\" src=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-13.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"290\" srcset=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-13.jpg 700w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-13-300x124.jpg 300w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-13-465x193.jpg 465w, https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Us-Photo-13-695x288.jpg 695w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-557\" class=\"wp-caption-text\"><em>\u00ab\u00a0Tu crois que papa va savoir y faire avec les invit\u00e9s\u00a0?\u00bb \u00ab\u00a0T&rsquo;inqui\u00e8te ma puce, j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 appel\u00e9 les flics\u00a0\u00bb<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: right\" align=\"JUSTIFY\"><em>Slumpower<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Enfin! Que dis-je, All\u00e9luia! Enfin un film d&rsquo;horreur foutraque, inventif, \u00e0 deux doigts d&rsquo;\u00eatre d\u00e9bilos mais du bon d\u00e9bilos (vous savez, le bon chasseur), qui se prend pas au s\u00e9rieux, honore ses classiques (on pense \u00e0 Carpenter, encore et toujours, ici version cartoon) sans virer dans l&rsquo;horreur r\u00e9ac et<span class=\"more-link\"><a href=\"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/2020\/10\/12\/us\/\">Continue Reading<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":561,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_locale":"fr_FR","_original_post":"http:\/\/secretfires.net\/magazine\/?p=532","footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["entry","author-slumpower","post-532","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-cinema","fr-FR"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/532","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=532"}],"version-history":[{"count":28,"href":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/532\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":590,"href":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/532\/revisions\/590"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/media\/561"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=532"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=532"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/secretfires.net\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=532"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}