Hounds of Love (2016)

Etonnant film australien sur le theme du rapt et torture/viol, en mode étrangement atmosphérique. Rien de folichon jusqu’ici. Pourtant, il évite tous les pièges du genre et notamment celui du torture porn. Toutes les scènes de violences sont hors champ, aucune complaisance dans le glauque graphique. Et des qualités, rares, nombreuses, assez dingues. Film coup de poing (mais au ralenti), viscéral ET psychologique (au sens le plus noble du terme, jamais rien d’explicatif ou de surligné). Film féministe, profondément féministe, très très intelligemment féministe au point d’en être tout simplement humaniste, idéalement situé à une époque où le divorce était encore très mal vu. Beaucoup trop sensoriel pour être une seconde moralisateur, c’est un film aussi étouffant que paradoxalement libérateur. Les acteurs sont proprement hallucinants, je ne crois pas me souvenir d’un investissement si crédible et puissant (celle qui joue Evie, la copine du taré, c’est à peine pensable ce que cette actrice a réussi à faire). Tout est ultra-classique a priori, c’est le genre de fait divers que l’on peut lire tous les jours dans des revues comme Detective, plus que jamais ce n’est pas l’histoire qui surprend mais le traitement : minimaliste, tendu, sans humour ni ironie, collé aux baskets des personnages avec un respect de chaque instant via une mise en scène ultra-sensible et précise qui tutoie littéralement les cieux. En résulte un suspense jamais artificiel et d’une redoutable efficacité loin pourtant de se résumer à cela : la sincérité est si évidente que le fait divers tout banal devient conte universel humaniste réellement émancipateur (au sens quasi primitif). Plus que jamais ce sont les films les plus apparemment simples qui sont les plus rares, simples et essentiels comme ce formidable Hounds of Love, à ranger à côté du plus punk et ultra-violent The Woman dans ce qu’il essaie de faire : libérer les vivants de l’emprise des morts-vivants. Du pur génie, poignant à chaque instant, l’antidote idéal au narcissisme glauque qui se regarde penser de Mother! (et une bonne surprise musicale pour le final ahurissant de beauté).

HOUNDS OF LOVE (2016)
Ben Young
imdb | allocine | rottentomatoes

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